1983-2018 : Résidence Plus, 35 ans c’est épatant !

Entretiens avec les acteurs historiques de R+ (vidéo des 35 ans)

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30 juin 2018

« RESIDENCE PLUS fête ses 35 ans »

discours de Marie-Claude DE MICHIEL, fondatrice

Au moment où je prends la pCapturearole devant vous, comme à chaque anniversaire, je ressens un profond sentiment d’incrédulité.

Comment imaginer, lorsque j’ai décidé de sauver mon quartier en améliorant la vie de ses habitants, que ,35 ans plus tard, je serai là à égrener certes mes souvenirs personnels, mais surtout à contempler le chemin parcouru au service des habitants de la Résidence d’abord, et puis à ceux de la Ville et d’une partie de la métropole lilloise. Ceux sont des milliers de personnes qui ont profité de nos actions.

Je vais tenter de vous épargner la liste de toutes ces idées, le plus folles les unes que les autres, prenant forme, grâce à la volonté des militants de l’époque, et de ceux qui se sont succédé. Mais quand même :

Je n’avais aucune notion de ce qu’était une association. Seule, sur ma table de salle manger, j’ai envoyé ma première invitation aux forces vives de la Résidence et aux militants qui avaient mené la grève des loyers. Je n’avais qu’une envie sauver ce quartier de mon enfance, devenu si dégradé et de redonner de la fierté à ses habitants.

En 1983, il était question d’en démolir une partie, tant il était devenu ingérable, sale, insécurisé et déserté !! Regardons le chemin parcouru !

Je voulais aider les gens qui dormaient dans les caves, et surtout offrir un refuge aux femmes battues. Aujourd’hui, ce sont plusieurs centaines de personnes, adultes et enfants qui ont ou bénéficié de nos hébergements d’urgence et de transit puis sont ainsi accompagnés pour retrouver un logement autonome.

Je voulais redonner leur dignité à tous ces habitants, survivants de ressources quasi inexistantes dont l’oisiveté les amenait à perturber gravement les conditions de vie de leurs voisins. Ils dégradaient aussi par ailleurs durablement l’image de la Résidence, mais surtout leur réputation. En acceptant, notre proposition d’agir sur la propreté du quartier contre des bons d’achats, Gérard CAUDRON nous permettait de donner naissance à l’atelier nettoyage.

Quand, ensuite, je les ai convaincus de montrer qu’ils pouvaient aussi donner le meilleur d’eux-mêmes en remettant en état leurs entrées d’immeubles, ils ne savaient pas que nous lancions ensemble les bases des chantiers écoles. Nous ignorions également que nos balbutiements empiriques permettaient aux rédacteurs du ministère des affaires sociales d’adapter le projet de la loi sur le RMI. Nous ne savions pas que nous allions être la première association à se lancer dans le I de l’insertion avec nos actions de base.

Nous avons été les précurseurs de tant d’actions. La création :

- d’un collectif » Prévention Sécurité » permettant aux habitants de vivre en bonne harmonie malgré leurs différences,

-d’une « commission environnement » qui a en plus de toutes les actions sur la reconquête des entrées, du marché aux fleurs, a porté, pendant cinq ans les consultations avec tous les partenaires pour la première transformation profonde des espaces extérieurs dans le programme «  Mieux vivre en ville « ,

- d’une « Commission Animation » dont les nombreuses réalisations ont permis à ce quartier de vivre de super moments festifs. Personne n’a oublié les défilés, surtout pas celui de l’anniversaire di bicentenaire de 1789, des feux de la Saint JEAN…

- Nous avons aussi voulu convaincre les habitants qu’ils pouvaient agir sur leur vie en votant. Nous les avons rapprochés des institutions de la République en leur faisant visiter tous les ministères y compris l’Elysée et Matignon.

- En prolongeant l’insertion des chantiers école en créant l’association intermédiaire « Le tremplin » et de l’entreprise d’insertion «  L’EVIRP ».

Cette liste n’est pas exhaustive, mais j’arrêterai là, sinon je risquerais de vous lasser, d’autant que vous connaissez tout cela, pour nous avoir accompagnés un petit ou grand moment de notre histoire. Vous pourrez retrouver quelques souvenirs sur les panneaux.

J’ai choisi aujourd’hui de consacrer un peu plus de temps à ce, sans qui cette aventure, n’aurait pas eu lieu. En effet, R+ existant depuis si longtemps, tout cela est entré dans la normalité, je vois même quand je parle du passé pour en montrer les réussites et les échecs et en tirer quelques enseignements, que certains lèvent les yeux au ciel. Mais je ne veux pas oublier ceux sans qui rien n’aurait été possible.

En premier lieu, mais cela ne vous étonnera pas, je voulais remercier et rendre hommage une fois de plus à Gérard Caudron. Au-delà de son investissement personnel, à nos côtés, dans la grève des loyers, il nous a, lors de la remise des lots de l’opération nettoyage , première action du tout nouveau collectif d’habitants, lancé un défi : «  Mettez-vous en association et je vous aiderai » Il a tenu parole.

Il a créé une antenne d’accueil du CCAS dans un garage à vélo, pour que les services municipaux se rapprochent un peu plus des habitants en vue d’adapter ses politiques et sortir ce quartier de l’ornière.

Il m’a fait l’honneur de me confier la mission de l’animer. J’ai fait le mieux que j’ai pu. Cela n’a pas été facile tous les jours, mais j’ai adoré cette partie de ma vie. C’était notre local de campagne, les actions y prenaient forme peu à peu afin de répondre à toutes les problématiques que nous découvrions. Gérard a accompagné mes rêves, les a prolongés, m’a lancé d’autres défis pour toujours aller plus loin dans l’aventure. On critique souvent les hommes politiques, oubliant tout ce que nous leur devons.

Il n’y a qu’à regarder notre ville où il fait bon vivre, pour voir tous les aspects positifs de l’action de notre maire et de ses équipes. Contre l’avis d’à peu près tout son entourage de l’époque, Gérard CAUDRON, nous a laissé expérimenter, rater, recommencer avec à chaque fois beaucoup de bienveillance mais aussi beaucoup de rigueur. Il s’est souvent battu à nos côtés, n’a jamais laissé personne nous malmener injustement.

Sans lui, rien n’aurait été possible. Il a aussi été mon guide dans ma vie personnelle et professionnelle. Il ne saura sans doute jamais à quel point.

La seconde personne pour qui j’aurai une pensée, c’est MARC DEVAUX, alors Directeur Général de LA SLE. Pendant neuf mois au travers de nos combats, nos relations se sont renforcées. Nous restions chacun dans notre rôle, adversaires certes, mais dans un respect mutuel. Lorsque nous avons lancé le collectif d’habitants et l’opération nettoyage, il a aussitôt participé financièrement. Quand nous avons lancé les premières rénovations des entrées d’immeuble, il nous a laissé expérimenter et a encouragé ses équipes à nous accompagner y compris sous la forme de subventions. Il est resté fidèle à ses engagements. Il nous a malheureusement quitté trop tôt, mais j’avais eu la chance de le revoir quelques mois avant sa mort.

Je citerai également Paulette BLANCHATTE et l’abbé Jean VANHELEPUTTE de la CLCV, les premiers à me former. Je n’avais aucune idée de ce qu’était un syndicat de locataires, des négociations au plus haut niveau, de la tenue et de l’animation de réunions auxquelles participaient plus de 100 locataires parfois. Ils m’ont montré le chemin, m’ont rassuré, m’ont formé et m’ont donné le courage de ma lancer. J’y associerai Hélène HARDY, toujours présente à nos côtés dès la grève des loyers. Elle nous a aidés, PHILIPPE et moi, à mettre en place notre premier atelier nettoyage, et à nous professionnaliser. Elle nous a poursuivis pendant des mois pour nous convaincre de créer l’association intermédiaire le TREMPLIN et l’ EVIRP ( entreprise d’insertion).

A nos côtés, nous avons également pu compter sur Michèle MATHYS, alors institutrice de l’école MERMOZ. A travers son investissement dans nos actions périscolaires, elle a facilité le rapprochement de l’école avec les parents. Ils côtoyaient les instituteurs dans un autre cadre que de celui un peu formel des relations parents-instits. MICHELE a aussi fait avancer la lutte contre les exclusions. Elle a été une militante sans faille. Je n’oublierai pas, BERNARD CAMBIER , MICKAELA et GERARD DEPIN, à qui, nous rendons hommage encore aujourd’hui et bien sûr et SYLVIANE VANDEWALLE, venue une fois à l’antenne pour des démarches administratives et qui a donné son temps sans compter. Elle a été présente à mes côtés, chaque jour, pendant plus de vingt ans. Il y a aussi ANNIE WATTINE qui, à l’occasion d’une campagne électorale, voulait mieux connaître notre quartier. Elle n’est jamais repartie et s’est montrée toujours attentive à nos attentes. Des dizaines d’administrateurs se sont succédé au fil de ces 35 ans, sans eux, le rêve serait arrêté depuis longtemps. Je les remercie encore, même ceux qui sont passés de l’autre côté de la rive.

Je n’oublierai pas de nombreux élus, eux aussi présents fidèles à nos côtés, Bernard DEROSIER, alors notre député et notre Président du Conseil Général, Audrey LINHKELED, notre ancienne députée. Jean Michel STIEVENARD, en tant que Premier Adjoint et ensuite Maire de Villeneuve d’Ascq, Didier Manier, notre Conseiller Départemental et Président de LMH avec qui nous travaillons en étroite collaboration, Claude VANDEPUTTE, Yves PERLEIN et tous les anciens et nouveaux élus qui continuent de nous soutenir. Un coup de chapeau pour DOMINIQUE FURNE, qui a créé notre premier logo et nous a conseillé dans nos premières parutions et qui continue. Des noms aussi gravés dans ma mémoire, Yvonne, Gérard VANHELLEBUS, Raoul TIETARD , Françoise GEORGE, Brigitte CARLIER, Julien VANDEVIELLE, MADELEINE ET SERGE BLONDEL, Jacky DUMOULIN, Educateur chef du club de Prévention AVANCE, avec qui j’ai formé un duo d’animateurs pendant plus de dix ans, pour la commission « Prévention- Sécurité » Qui se rappelle que le soutien scolaire à la maison des genêts, a pris naissance à partir de nos travaux ? De la garderie RAMEAU, désertée, qui sous la houlette de ma regrettée Catherine MONNIER est devenue une dynamique salle de jeux municipale polyvalente ?

Un grand merci aussi pour les services municipaux, Jean PECQUERY, en particulier, qui comprenait nos aspirations de vouloir plus de fleurs, et plus de beauté dans le quartier ; il nous enrichissait de toutes ses connaissances techniques. Maurice WEDLARSKI, alors directeur du CCAS, et Madame PECQUERY, responsable de l’UTPAS. Ensemble ils unissaient leurs services pour lutter contre la pauvreté. Je sais que nous les avons souvent déstabilisés par nos idées loufoques et notre amateurisme, mais ils ont eu l’intelligence de comprendre notre détermination et notre sérieux. MicheL DEPRES, responsable du service logement, qui nous a toujours écouté et aidé pour développer les dispositifs de logement d’urgence.

J’aurai une pensée pour notre premier commissaire aux comptes, PATRICK GOMBERT, trop tôt et subitement disparu. Sans sortir de son rôle, il nous a épaulés et formés, sans se faire rémunérer.

J’en oublie certainement beaucoup, j’espère qu’ils me le pardonneront, mais R+ c’est une chaîne de solidarité extraordinaire. Les salariés étaient des militants qui ne comptaient pas leurs heures et les militants des personnes qui se professionnalisées en permanence. Chacun d’entre vous, quel que soit votre fonction, votre pouvoir, vous nous avez permis d’exister et de poursuivre l’aventure. Sans vous, sans nos partenaires, l’aventure aurait tourné court.

Avec le Conseil d’Administration, les professionnels prolongent et améliorent nos actions autour de leur directrice MYRIAM SENNADJI. Elle porte haut, le nom de Résidence Plus. Nos compétences sont de plus en plus reconnues. La mission de nos salariés n’est pas facile, nous les soutenons autant que nous pouvons, et nous veillons à ce qu’ils partagent les valeurs que nous défendons.

Aujourd’hui, R+, n’a plus tout à fait les mêmes contours. Des organisations différentes se sont mises en place. Cette maison de quartier où tout a démarré et qui rend tellement de service à la Résidence sous la houlette efficace de FARID que, j’aime à lui rappeler, j’ai connu enfant. Il y a la GUSP à laquelle nous participons efficacement pour l’environnement, la vie quotidienne et la sécurité, la cellule de veille, le Conseil de quartier, Le Conseil citoyen, etc…

Plus que jamais, alors que les financements publics se raréfient, nous aurons besoin de bénévoles pour pallier ces désengagements. Que serait notre société, notre pays, sans l’’investissement de tous ces bénévoles solidaires ? Ils luttent pied à pied contre les effets de la crise. Nous avons toujours à R+, privilégier les compétences et la bonne volonté des militants sans nous occuper des origines, du passé, des opinions politiques. Cela donnait parfois des situations cocasses en période électorale, mais cela a toujours été notre force. Nos divergences tant qu’elles restent dans le respect de l’autre nous font grandir.

Avant de conclure, et vous le comprendrez, je voudrais rendre un hommage particulier à celui qui m’a toujours tenu la main. Il a en moi une confiance absolue. Sans lui, le rêve n’aurait pas eu la même saveur, les actions la même qualité, ni les mêmes développements. Nous avons et nous continuons de constituer une équipe de choc. Nous sommes deux militants engagés, ne lâchant rien. R+ est aussi à l’origine de notre union. Nos discussions sont nombreuses et parfois vives. Mais nous avons en commun, chevillée au corps, cette volonté de faire reculer toutes les formes d’injustice.

Bien sûr, vous aurez sans peine, reconnu mon mari PHILIPPE ROGER. Il a été un militant de la première heure. Alors Président des commerçants, il a tout de suite répondu favorablement à mon appel. Il est entré dans le collectif des habitants et des forces vives dès le départ. Malgré une activité professionnelle intense et compliquée, il a participé à toutes nos réunions. Quand j’ai intégré l’antenne d’accueil rue Lecocq et que j’ai émis l’idée de créer l’atelier nettoyage, il a donné de son temps avec Hélène HARDY pour aider nos premiers habitants à mettre en forme des CV, apprendre à lire et à écrire. Au bout de quelques années, R+ s’est professionnalisée, il est devenu directeur, d’abord à mi-temps, puis à temps complet, environ 50 à 60 heures par semaine. Il y est resté près de 13 ans. Alors que Philippe aspirait à un repos bien mérité, le nouveau directeur a, en 6 mois, mis, l’association à sec. Qui se souvient que Philippe a alors repris la direction bénévolement pendant un an ? C’est l’arrivée de MYRIAM qui lui a permis de profiter enfin de sa retraite, tout en restant responsable des commissions animation et environnement. Il a également œuvré au sein du premier conseil de quartier «  RESIDENCE TRIOLO » comme Président. A plusieurs reprises, au cours de ces 35 ans, quand R+ a tangué dangereusement, il a repris du service. Il est toujours Président aujourd’hui. Un Président aimé et respecté de tous .

Sans lui, R+ et moi n’aurions pas eu le même destin. Je sais qu’il est très modeste, qu’il ne revendique jamais rien, mais aujourd’hui, je souhaitais lui rendre un hommage ému et appuyé.

Je pourrais, et vous le savez, vous parler de R+ et de ce quartier « La Résidence » pendant des heures, mais il faut savoir s’arrêter. Je souhaite que R+ puisse fêter ses 40, 50 ans, que d’autres bonnes volontés, d’autres militants, d’autres élus se lèveront pour lutter encore et toujours contre toutes les formes d’exclusion. On critique souvent les subventions accordées aux associations, mais que serait la France sans ces bénévoles ? R+ a à son actif des millions d’heures de bénévolat, aucune administration, aucun professionnel n’auraient pu les égaler. J’ose espérer que ceux qui nous gouvernent, à tous les échelons ne l’oublieront pas et l’inscriront dans la case crédit.

Ces 35 ans ne furent jamais faciles, pire même parfois très difficiles, mais tant que nous croyons que chacun ou ensemble on peut changer le cours des choses, il faut continuer de nous lever.

Je vais maintenant passer la parole à Monsieur le Maire. Ensuite, nous rendrons hommage à Gérard DEPIN. R+ l’a déjà fait lors de son assemblée générale, mais la décision de Monsieur le Maire est un honneur pour notre ami qui le mérite bien et s’inscrit dans l’histoire de l’association.

Vive Résidence Plus, Vive la Résidence.

Encore merci à tous.

Samedi 30 juin 2018

MC DE MICHIEL