Résidence Plus a 30 ans

1983………….. RESIDENCE PLUS A TRENTE ANS

Intervention en conclusion de l’Assemblée Générale du 21 juin 2013

A chaque décennie, depuis la création de l’association, on me demande de prendre la parole puisque je suis à l’initiative de la naissance de RESIDENCE PLUS.

marie claude

Parfois cela me donne l’impression d’être l’ancêtre que l’on ressort de la naphtaline opportunément et périodiquement. Je dois m’efforcer à chaque fois de vous faire un rappel de l’ensemble de nos actions sans vous lasser et sans vous rappeler les années qui passent, surtout pour ceux qui nous accompagnent depuis 1982, date de la création du collectif des habitants, puis 1983, date de la création de RESIDENCE PLUS.

En même temps , je ne peux ignorer que RESIDENCE PLUS , avec la naissance de ma fille, a été l’un des moments les plus importants de ma vie , qu’elle la changerait de manière irrémédiable, mais qu’elle changerait aussi celle de centaines ,voire de milliers de gens, d’abord des habitants du quartier et puis de ceux et celles qui profitent de nos actions.

En 1982, quand je me suis installée seule, à la table de ma salle à manger, après une année et demi de lutte acharnée parmi des centaines d’habitants et de la CLCV, je sentais qu’il fallait profiter de l’issue favorable du conflit pour poursuivre la mobilisation.

Nous venions de gagner après 9 mois de blocage de loyers que notre bailleur la SLE entende notre désespoir et notre impossibilité d’intégrer dans nos petits budgets, un rappel de charge et des augmentations de loyer souvent supérieurs à nos ressources. Il avait mal géré et nous en faisions les frais.

A la fin de ces longs mois de grève, je voulais surfer sur cette certitude qu’il était possible de changer les choses pour peu qu’on se mobilise. Mon quartier était dans un état de dégradation important, mais chacun restait dans son coin et se plaignait, souvent à juste titre de l’ambiance, de ses voisins, de l’insécurité de la saleté, de la pauvreté, des jeunes, des immigrés (comme quoi rien ne change…).

Je n’avais aucune expérience, mais je savais que je voulais sauver mon quartier de la démolition dont une partie(les musiciens) était déjà annoncée après les barres de LILLE SUD. Même s’il y avait une très forte vacance de logements, tant notre quartier rebutait même les pauvres, Je sentais que ceux qui y vivaient, n’auraient pas pu assumer des loyers de logement neufs et je voulais aussi prouver que les habitants de la RESIDENCE n’étaient pas que des cas sociaux, dont chacun se désespérait .La richesse était en nous, d’abord, puis dans celles des élus, des partenaires etc…Il fallait arrêter de se plaindre et reprendre notre quartier en mains.

L’aventure de RESIDENCE PLUS commençait, et sans le savoir nous allions devenir le laboratoire d’idées, d’initiatives, plus folles les unes que les autres, dont beaucoup s’inspireront, avant même le vote du RMI.

Ce collectif d’habitants et de force vives, puisque très vite, j’y ai ajouté les écoles M MATHYS ici présente, alors directrice de MERMOZ a été pendant de nombreuses années, une bénévole fort active ,elle a dû abandonner son mandat d’administratrice , quand elle est devenue une adjointe au maire , fort active avant d’ailleurs d’embrasser d’autres mandats ,les commerçants, dont l’association était alors présidée par Philippe ROGER sans qui, je n’aurais jamais pu réussir ,le club de prévention, le centre social des genêts, les centres de loisirs ,le bailleur, la ville etc..

Dans le domaine de la propreté et l’environnement, nous avons initié la privatisation des entrées .Celles-ci n’avaient plus de boites aux lettres, de fenêtres, on enjambait souvent les ordures…Nous avons obtenu de choisir les couleurs de nos murs, de les décorer, en contre- partie, nous nous engagions à les nettoyer nous-mêmes, et à les remettre en peinture pas avoir à payer les installations. La rénovation a été confiée à RESIDENCE PLUS, cela devenait les premiers pas de nos c Nous avons aussi dû vaincre les résistances des employés municipaux et compter sur la détermination de leur patron M PECQUERY pour obtenir que l’on nous plante des fleurs, rénove des terrains de jeux, nos enfants n’avaient même pas une balançoire, un terrain pour chiens, des terrains pour les joueurs de boules. Ces investissements sont aussi venus du PROJET « MIEUX VIVRE EN VILLE », Pendant 4 années, notre association a été la cheville ouvrière. Des centaines de réunions, d’invitations, de compte rendu, de plans, de déplacement, mais notre quartier a eu les moyens de restaurer son image.

Nous avons également crée le concept de correspondant d’entrées, nous avons été à l’initiative de la maison de la médiation, toujours existante sur la ville, mais qui a commencé son action ici à la RESIDENCE avec des médiateurs bénévoles chantiers école.
Dans le domaine de la prévention et de la sécurité, nous avons avec Jacky DUMOULIN, directeur du club de prévention crée et animé pendant plus de 15 ans, un collectif sécurité. Chaque mois nous nous réunissions avec les partenaires, les jeunes, les habitants quand il y avait des crises particulières. Nous apprenions à vivre ensemble, à mieux nous connaître. Nous avons eu la chance sous un gouvernement de gauche, de pouvoir accueillir 3 ilotiers, qui là aussi inaugurer sur notre ville, une nouvelle approche de la prévention de la sécurité.

Nous avons était à l’initiative de la création du soutien scolaire aujourd’hui encore actif à la maison des genêts.

A chaque premier jour des vacances scolaires, avec les éducateurs, les bénévoles, nous sillonnions les rues pour repérer les enfants non -inscrits dans les structures municipales, allions voir les parents pour les convaincre d’intégrer les enfants, nous négocions avec la ville des tarifs préférentiels, souvent l’un des obstacles de la non inscription, et nous allions les conduire pour les rassurer.

Avec nos copains de la mosquée, et l’association ARRUFE (des jeunes du quartier, issus de l’immigration, présidée par Nordine ZAIRI) nous tentions de faire accepter nos différences, en organisant des débats, en envoyant des documents traduits en arabe, afin de rompre l’isolement de certaines personnes etc…

La mairie a également ouvert « LA CLEF DE SOL », lieu destiné aux enfants du quartier qui intégrait les parents et l’école RAMEAU. Sa première directrice disparue trop tôt, Catherine MONIER , a permis par son dynamisme et sa gentillesse, à rendre cet équipement indispensable et toujours existant

Faire la fête était aussi important.

Nous avons organisé de nombreux défilés folkloriques européens, fêter le bicentenaire de la révolution, avec nos élus qui ont accepté de se costumer et de participer au défilé. Nous avons fête la SAINT JEAN, avec des bals, et des feux géants…..

A côté de ces fêtes, nous organisions de nombreux voyages à travers la France (Bretagne, Alsace, Savoie, Provence, Normandie et l’EUROPE (Belgique, Angleterre, Allemagne), en tirant sur les prix, négociant les subventions, aidant les familles qui pour certaines n’avaient jamais quitté le NORD à économiser et à trouver des ressources supplémentaires.

Il fallait aussi faire prendre conscience aux habitants qu’ils avaient la possibilité d’influencer les choses en devenant des citoyens actifs, en s’inscrivant sur les listes électorales ,et tenant des bureaux de vote et surtout en s’approchant des lieux de pouvoirs, d’en comprendre les fonctionnements en côtoyant nos élus. Avec l’aide de JMS nous avons visité MATIGNON, le ministère du logement, l’ELYSEE, avec l’aide de BD, nous avons passé une journée à l’assemblée nationale, nous avons également grâce à Gérard visité le parlement européen etc….

La volonté des bénévoles n’aurait pas suffi sans la création de l’antenne LECOCQ en 1984, surnommée à l’époque par la presse « LA PORTE DE LA DERNIERE CHANCE »
Je voulais ouvrir un lieu où les habitants auraient leurs places, car sans revenir sur les querelles de l’époque, malgré la présence d’équipements sur le quartier, les habitants n’y étaient pas intégrés. Quand je suis allée demander à Gérard CAUDRON, Le Maire, de l’aide, il a proposé de me recruter car m’a-t-il dit » Je souhaite que vous puissiez nous aider à reprendre contact avec la population de la RESIDENCE »Nous allons décentraliser les services du CCAS, cela vous permettra de toucher les plus éloignés. »

J’ai donc planté ma bonne volonté dans un garage à vélo, toujours existant, rue LECOCQ, qui est devenu notre base stratégique. Que n’ai-je pas entendu, quand j’ai demandé à accueillir les cas sociaux par une tasse de café et des journaux ???Que n’ai-je pas entendu quand les bénévoles se succédaient à mes côtés pour tisser des rapports différents avec les personnes qui attendaient, dans un lieu minuscule qui était à la fois la vitrine de la ville, mais aussi, le lieu où ils pouvaient déposer leur détresse et apprendre qu’ils pouvaient aussi les résoudre en devenant acteur. Ils passaient dire bonjour, tricoter, coudre, échanger des vêtements….

Sylviane VANDEWALLE a été l’une de cela, et est devenue très vite la cheville ouvrière de nos actions

Nous nous sommes ensuite attaqués aux squatters, ceux qui dormaient dans les caves et dérangeaient les habitants. L’un après l’autre, nous les avons approchés, relogés chez nous, dans le sous-sol aménagé du magasin de PHILIPPE , puis ensuite nous avons proposé à ceux qui avaient un logement qu’ils n’arrivaient pas à payer ,à accueillir ceux qui étaient à la rue pour partager les frais et ainsi rendre plus supportable leur souffrance, tout en étant présents pour atténuer les prévisibles tiraillements. Nous venions de créer les logements d’urgence, et les logements intermédiaires.

Nous jetions les bases de notre service logement. Après plusieurs années de tâtonnement et de solutions approximatives, nous concrétisions notre expérimentation par l’ouverture du premier logement d’urgence

Avec le RMI, outre les ressources qu’ils apportaient aux familles, nous allions pouvoir nous professionnaliser, ouvrir un centre de formation, des ateliers de remise à l’emploi, un service logement en parallèle des actions des bénévoles toujours aussi actifs.

Nous avons, dans la logique de cohérence et de parcours professionnels créé et géré pendant de nombreuses années l’association intermédiaire le TREMPLIN qui existe toujours aujourd’hui, et nous a Je conclurai mon propos en ayant une pensée pour tous ceux qui ont fait l’histoire de RESIDENCE PLUS, tellement nombreux qu’il m’est impossible de les citer avons créé une entreprise d’insertion.

Les bénévoles sont la richesse de R.PLUS, ils permettent de compléter les actions des salariés, voire de les maintenir.

En nous aidant, vous aiderez ceux qui croient en vous, et permettrez ainsi de convaincre que la politique, c’est aussi servir les citoyens. Ainsi vous tenterez de rallier ceux qui ne croient plus en rien et pense que la solution se trouve dans les extrêmes.

Marie Claude DE MICHIEL